« J'ai fait la Camargue » : et si on arrêtait de ''faire'' les régions et les pays ?

Alexandre
17/1/2026
Lecture 11 min.

''J'ai fait l'Inde", "j'ai fait la Camargue"... Cette expression s'est glissée dans notre vocabulaire comme une évidence. Pourtant, elle dit beaucoup de notre rapport au voyage. Et si nous arrêtions de "faire" les pays pour enfin les rencontrer, les explorer ?

« Alors, tu l'as faite, l'Inde ? »

Cette question, je l'entends depuis trente ans. Et depuis trente ans, elle me hérisse. Comme si l'Inde — ce sous-continent immense, cette mosaïque de cultures, de langues, de paysages, de spiritualités — pouvait se « faire ». Comme si la Camargue, ses horizons infinis, ses lumières changeantes, ses écosystèmes fragiles, pouvait se cocher sur une liste.

Il y a quelques jours, je suis tombé sur un Reel sur Instagram de nos amis de Chilowe qui questionnait justement cette expression : « J'ai fait tel pays, j'ai fait telle région ». Ça m'a rappelé pourquoi ce refrain m'horripile autant. Et surtout, ça m'a donné envie d'en parler.

Faire un voyage : l'histoire d'un glissement sémantique

Cette formule — « faire un pays » — ne sort pas de nulle part. Elle s'est installée progressivement dans notre vocabulaire, au rythme de la démocratisation du voyage dans les années 1990 et 2000. Quand partir est devenu plus accessible, plus rapide, plus condensé. Quand les vols low-cost ont transformé Bangkok ou Marrakech en destinations de week-end. Quand les guides touristiques ont commencé à promettre « L'essentiel en 5 jours ».

Le voyage s'est alors mis à ressembler à autre chose. À une accumulation. À une performance.

Et puis sont arrivés les réseaux sociaux, avec leur besoin d'immédiateté : visiter un lieu, aussitôt le partager, capter l'instant pour le rendre visible, validé, reconnu. Le voyage est devenu une preuve silencieuse à montrer, plus qu'une expérience à habiter. Une succession de preuves, même. Regardez, j'y étais. J'ai fait. J'ai vu. J'ai coché.

Je ne jette la pierre à personne — j'ai moi-même publié ma part de photos de couchers de soleil (et je continue d'ailleurs). Mais il y a quelque chose d'inconfortable dans ce glissement. Comme si, à force de vouloir tout faire, tout voir, tout partager, on glissait doucement du fait d'être là au simple fait d'y être passé.

Jour de transhumance à Die, dans la vallée de la Drôme. Les cyclistes attendent de pouvoir passer, et profitent du spectacle !

On ne fait pas un territoire. On l'explore, on le reçoit

La réalité, c'est qu'on ne fait pas un pays. On ne fait pas une région. On en découvre une infime partie. On effleure. On rencontre. On reçoit, surtout.

Nicolas Bouvier le disait mieux que quiconque : « On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »

Quand je repense à mes propres voyages — ceux qui m'ont vraiment marqué — ce ne sont jamais les monuments que j'ai « faits » qui me reviennent. C'est le thé partagé avec une famille au Népal. C'est cette discussion au bord d'une rivière Drôme avec un paysan qui m'a expliqué comment il travaillait sa terre. C'est le silence d'un plateau du Vercors au petit matin. C'est ma fille Lhamo qui s'émerveille devant un flamant rose en Camargue et qui me fait voir ce territoire que je croyais connaître avec des yeux neufs.

Ces moments-là, on ne les fait pas. On les accueille. On les reçoit. Et parfois, si on a de la chance, on les garde longtemps en soi.

Dans le Crete Senesi, en Toscane, lors d'un voyage à vélo électrique

Ralentir n'est pas renoncer

J'entends déjà l'objection : « Mais Alex, tout le monde n'a pas trois mois devant lui. On a deux semaines de vacances, on veut en profiter, voir le maximum. »

Je comprends. Vraiment. Mais ralentir, ce n'est pas renoncer à l'aventure. C'est au contraire l'accueillir dans tout son sens, toute son épaisseur.

Sylvain Tesson l'a écrit dans Sur les chemins noirs : « Marcher, c'est le contraire de faire. C'est laisser le temps passer. » Cette distinction me semble fondamentale. Le voyage authentique n'est pas dans le faire, mais dans le laisser-être. Dans l'accueil de ce qui se présente. Dans la disponibilité à l'inattendu.

Ralentir, c'est accepter de ne pas tout voir. C'est choisir de parcourir 50 kilomètres par jour plutôt que 500, en s'accordant le temps de flâner dans un marché de village, de déjeuner longuement avec un producteur local, de faire une sieste à l'ombre d'un olivier. C'est prendre le temps de s'arrêter, de s'asseoir, de regarder. De parler avec les gens. De laisser la place à l'imprévu.

Ralentir, c'est aussi changer de rythme, de mode de déplacement. Troquer l'avion pour le train. La voiture pour le vélo. Partir de la gare SNCF de Blois, de Tours ou de Saumur et découvrir la vallée de la Loire qu'on croyait connaître, et qui recèle mille secrets quand on prend le temps de la parcourir à 20 km/h, au rythme de ses jambes et du vent.

C'est ce que nous essayons d'incarner chez Chemins : proposer des voyages qui ne se « font » pas, mais qui se vivent. Des micro-aventures de 2-3 jours ou des méga-aventures d'une semaine où le chemin compte autant que la destination. Où rencontrer un apiculteur passionné, goûter une cuvée de vin nature chez un vigneron engagé, ou dormir dans une cabane perchée dans les arbres ne sont pas des options supplémentaires sur un catalogue, mais le cœur même de l'expérience.

Une belle rencontre fortuite dans un buron d'Aubrac. Le voyage ou l'art de la sérendipité

Le voyage comme expérience relationnelle

Car c'est peut-être là que le bât blesse le plus avec cette expression « faire un voyage ». Elle évacue totalement la dimension relationnelle du voyage. Comme si un territoire n'était qu'un décor. Comme si les gens qu'on y rencontre n'étaient que des figurants.

Or un territoire, c'est d'abord et avant tout les gens qui l'habitent, qui le façonnent, qui le font vivre. Les fromagers qui affinent leurs tommes avec patience, les paysans qui pratiquent l'agroécologie, les artisans qui transmettent leurs savoir-faire, les hôteliers qui nous accueillent comme des amis, les guides qui partagent leur passion. Ce sont ces rencontres qui donnent sa densité au voyage. Sa saveur. Son sens.

Ella Maillart, écrivaine - grande voyageuse, le formulait ainsi : « On ne voyage pas pour voyager mais pour avoir voyagé. » Comme si le véritable voyage se construisait après, dans la sédimentation lente des expériences vécues.

Quand nous pédalons à travers l'Aubrac et que nous nous arrêtons dans une ferme où le paysan nous explique comment il élève des vaches en respectant leur rythme naturel, quand nous dégustons un fromage fait main en écoutant l'histoire de celui qui l'a fabriqué — nous ne sommes pas en train de « faire » l'Aubrac. Nous sommes en train de rencontrer un habitant de ce plateau. De comprendre un savoir-faire. De tisser un lien avec un territoire, sa culture, ses paysages.

Et ce lien-là, il perdure. Il nous transforme. Il change notre regard sur le monde, sur notre propre territoire, sur notre façon de consommer, de nous déplacer, de vivre.

Comme ce flamant rose en Camargue, le cycliste qui regarde et prend la photo prend son temps

Voyager autrement : une invitation, pas un jugement

Ce que je veux dire, c'est qu'il existe une autre voie. Une voie moins frénétique, moins extractive, plus généreuse. Un voyage qui prend soin du territoire qu'il traverse. Qui crée de la valeur pour les acteurs locaux plutôt que de l'extraire. Qui nous nourrit vraiment.

C'est ce qu'on appelle le voyage régénératif. Un voyage à impact positif, qui nous laisse transformé et dont les habitants et les territoires tirent un bénéfice réel — économique, social, culturel.

Chez Chemins, c'est notre boussole depuis le premier jour. Pour nous, le voyage ne se fait pas. Il se vit, se partage, se reçoit. Et parfois, si on lui laisse l'espace, il nous fait bien plus qu'on ne le fait. C'est pourquoi nous concevons des échappées qui permettent ce pas de côté, cette immersion profonde, ce voyage régénératif. Des itinéraires où les voyageurs peuvent habiter un territoire, le temps de quelques jours, et en repartir avec des souvenirs qui ne soient pas seulement visuels, mais sensoriels, émotionnels, humains.

Rencontre improbable lors d'un voyage à vélo électrique en Drôme provençale

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Alexandre
Ecrit pour Itinérances. Le blog du voyage en quête de sens

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